Villa Ephrussi de Rothschild : le détour vaut-il le coup jusqu'au Cap-Ferrat ?
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Villa Ephrussi de Rothschild : le détour vaut-il le coup jusqu'au Cap-Ferrat ?

J’ai bien failli sauter la Villa Ephrussi de Rothschild lors de mon premier passage le long des corniches, parce que sur une carte, Saint-Jean-Cap-Ferrat ressemble à un détour dans le détour : une étroite langue de terre accrochée à la route côtière entre Villefranche-sur-Mer et Beaulieu-sur-Mer, sans rien d’apparemment urgent dessus. J’avais tort, et je préfère le dire clairement plutôt que de l’envelopper d’un enthousiasme vague.

Ce qu’est vraiment la villa

Béatrice Ephrussi de Rothschild a fait construire sa villa rose de style Belle Époque au début du vingtième siècle sur la crête du cap, entre la baie qui fait face à Villefranche-sur-Mer et celle qui fait face à Beaulieu-sur-Mer, et elle a conçu l’ensemble de la propriété — maison et jardins réunis — autour de ses propres habitudes de collectionneuse. À l’intérieur, les pièces meublées abritent les porcelaines, tapisseries, tableaux et meubles qu’elle a rassemblés au fil de ses voyages, disposés comme une collectionneuse privée agence un intérieur plutôt que comme un musée organise un parcours chronologique. Cette nuance compte : on traverse le goût de quelqu’un, pas une chronologie neutre, et cela se lit davantage comme un document personnel que la plupart des demeures de la Riviera ouvertes au public.

Les jardins constituent l’autre moitié de l’argument, et c’est honnêtement la moitié qui surprend ceux qui s’attendaient à une maison avec une jolie pelouse. Il y en a neuf, chacun traité comme une composition à part — un jardin français à la française prolongeant la terrasse, plus des sections espagnole, florentine, japonaise, exotique et d’autres encore, disposées autour du site sur la colline, censées faire lire l’ensemble du terrain, vu d’en haut, comme le pont d’un navire, la maison en tenant lieu de passerelle. Que l’on perçoive ou non la forme du navire depuis le sol, l’effet produit en passant d’un jardin à l’autre, tous d’un caractère si différent au sein d’une même propriété, ne se retrouve nulle part ailleurs sur ce tronçon de côte.

Sa place parmi les grands sites de la Riviera orientale

Je placerais la Villa Ephrussi de Rothschild en tête d’une courte liste de maisons-jardins de la Riviera orientale, devant la plupart des alternatives, pour une raison simple : elle offre à la fois un véritable intérieur et un véritable programme de jardins en une seule étape, sur un site au vrai relief et à la vue sur la mer dans deux directions. Villefranche-sur-Mer est une ville où flâner, pas un monument à visiter ; Èze offre un village perché et son propre jardin en hauteur, mais aucun intérieur meublé comparable ; Monaco offre le Palais et le Musée océanographique, mais rien qui ressemble à cette séquence de jardins. Si l’on n’a de la place que pour une seule attraction payante sur les corniches, au-delà des villages eux-mêmes, c’est celle-là que je choisirais.

Cela dit, je tiens à être honnête sur ce que cet article ne couvre pas. Le Cap-Ferrat possède aussi un sentier côtier bien connu qui longe une partie de la presqu’île, et c’est une très bonne marche — mais c’est une autre sorte de sortie, à pied, à son propre rythme, sans intérieur à visiter. J’en ai parlé séparément dans le sentier côtier du Cap-Ferrat, et je déconseille de vouloir accoler les deux dans une seule journée épuisante. La villa récompense un temps sans hâte dans les salons et les jardins ; le sentier côtier récompense un temps sans hâte sur ses jambes. Vouloir bien faire les deux en une seule visite revient souvent à ne bien faire ni l’un ni l’autre.

Comment l’intégrer à une journée sur les corniches

La villa se combine mieux avec un ou deux arrêts proches qu’elle ne se suffit à elle-même pour une journée entière. Une association naturelle consiste à faire Villefranche-sur-Mer le matin, la villa vers midi, puis Beaulieu-sur-Mer ou une montée jusqu’à Èze l’après-midi — voir l’excursion Villefranche et Cap-Ferrat pour la manière d’enchaîner tout cela, ou l’itinéraire de deux jours Monaco et Menton si vous construisez une boucle orientale plus longue. Si vous préférez d’abord voir le cap depuis la mer, une excursion en bateau Villefranche et Cap-Ferrat vous donne la vue depuis le rivage sur la position en hauteur de la villa avant de monter parcourir les jardins à pied, et une sortie guidée comme une croisière privée avec apéritif préparé par un chef le long de cette côte transforme les mêmes eaux en une demi-journée tranquille plutôt qu’un arrêt photo rapide.

Conduire soi-même reste l’option la plus flexible, car se déplacer sur la Côte d’Azur sans voiture sur ce tronçon particulier implique un changement de bus à Beaulieu-sur-Mer ou à Villefranche-sur-Mer plutôt qu’une ligne directe, et le TER le long de la côte ne s’arrête pas directement sur le cap. Si vous ne conduisez pas et ne voulez pas gérer de correspondances, une croisière en bateau solaire électrique le long de la côte vers le Cap-Ferrat est une manière agréable de voir le cadre de la propriété sans se soucier du stationnement sur une route de presqu’île étroite en août.

Pour les visiteurs qui construisent une journée plus large sur les corniches en y intégrant l’excursion à Èze depuis Nice ou en poursuivant vers Monaco, une sortie guidée vers les villages perchés de la Côte d’Azur — comme une excursion d’une journée complète à travers les villages médiévaux perchés de la région — vaut la peine d’être vérifiée si elle passe près des corniches orientales ce jour-là, car elle évite la conduite sur un itinéraire aux virages serrés et au stationnement limité sur le cap.

Ce que je vous conseillerais vraiment

Commencez par l’intérieur, car c’est ce que la plupart des visiteurs sous-estiment avant d’arriver — les salons donnent à la propriété une personnalité que les jardins seuls n’apporteraient pas. Puis accordez aux jardins un vrai temps, plutôt qu’un tour rapide ; tout l’intérêt de neuf sections distinctes est qu’elles ne se fondent pas en une seule impression si on les parcourt correctement. Renoncez à l’idée de faire aussi le sentier côtier le même après-midi, sauf à arriver tôt et à bien gérer son rythme ; la villa seule mérite une demi-journée sans hâte. Et n’attendez pas d’arrêt plage ici — l’accès au littoral du Cap-Ferrat est distinct des jardins de la villa, et cette propriété en hauteur concerne la maison et ses jardins, pas l’eau à ses pieds.

Parmi les plus beaux points de vue de la Côte d’Azur, les terrasses de la villa méritent une mention moins pour leur théâtralité que pour leur étendue — on y voit les deux baies, la crête vers Èze et Beaulieu-sur-Mer en contrebas, sans jamais quitter les allées du jardin. Cette combinaison d’un intérieur habité, d’un programme de jardins réellement varié et d’une position en hauteur entre deux baies explique pourquoi, quand on me demande si le Cap-Ferrat vaut le détour, ma réponse commence et se termine presque toujours par cette seule adresse.

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